LE MEILLEUR DES MONDES - Aldous HUXLEY

Publié le par Vicklay

Brave New World
1932
Pocket, Littérature-Best n°1438 (1er trimestre 1977)
Traduction de Jules CASTIER
Couverture d'Arnaud CREMET
288 pages


4ème de couverture :

Défi, réquisitoire, utopie, ce livre mondialement célèbre, chef-d'oeuvre de la littérature d'anticipation, a fait d'Aldous Huxley l'un des témoins les plus lucides de notre temps.

« Aujourd'hui, devait écrire l'auteur près de vingt ans après la parution de son livre, il semble pratiquement possible que cette horreur s'abatte sur nous dans le délai d'un siècle. Du moins, si nous nous abstenons d'ici là de nous faire sauter en miettes... Nous n'avons le choix qu'entre deux solutions : ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés, ayant comme racine la terreur de la bombre atomique, et comme conséquence la destruction de la civilisation (ou, si la guerre est limitée, la perpétuation du militarisme) ; ou bien un seul totalitarisme supranational, suscité par le chaos social résultant du progrès technologique. »


L'avis :

Introduction

Devrais-je avoir honte de n’avoir jamais lu, jusqu’à maintenant, le classique de la littérature de science-fiction qu’est Le Meilleur des mondes ? Sûrement. Mais en tout cas, mon erreur est réparée. Voilà donc mon retard culturel rattrapé, en attendant le prochain classique qui m’aura échappé (mais ils ont qu’à nous les faire lire à l’école, aussi, les profs plutôt que de nous emmerder avec des Maupassant, des Baudelaire ou des Zola !)

Il n’était pas prévu que je donne mon avis, dans ce blog, sur Le Meilleur des mondes. En effet, avant de commencer la lecture de cette œuvre mythique, je pensais que mon avis n’en serait qu’un de plus parmi tant d’autres, que tout le monde portant aux nus le roman d’Aldous Huxley, j’en ferai de même.
Mais à la lecture du roman, mon opinion sur Le Meilleur des mondes me paraît diverger pas mal de celles que j’ai pu entendre où lire par-ci par-là. Voilà pourquoi j’ai décidé de me lancer.

Normal que ce soit un classique…


Dans Le Meilleur des mondes, Aldous Huxley nous décrit une société dystopique dont les individus sont conditionnés, classés, prédestinés.
Hommes et femmes naissent artificiellement, à la chaîne, à partir de techniques rappelant le clonage (qui n’avait jamais été pratiqué alors).
La classe sociale dont ils vont faire partie, le métier qu’ils vont faire, sont prédéfinis. On modifie d’ailleurs les traitements que subissent les embryons (expositions à des radiations, produits chimiques, températures variées…) afin de préparer les futurs citoyens à leur vie d’adulte.
Enfin, le conditionnement des enfants est systématique. Pendant leur sommeil, on leur fait écouter en sourdine des préceptes à suivre scrupuleusement. On leur retire ainsi toute peur de la mort, on leur inculque une répulsion pour la solitude, la vieillesse, la maladie…
Toute violence est proscrite. Tout débordement émotionnel est évité par l’absorption de soma, drogue sédative dont chacun se doit de prendre 1 ou 2 grammes par jour.

Aldous Huxley est très précis dans la description de cette société dont nous sommes encore loin. Malgré les 75 années qui ont passé, elle est crédible, bien qu’ayant un peu vieilli (comme beaucoup d’univers imaginé et décrit dans les romans de l’Age d’Or).
Mais certains éléments sont très intéressants. Notamment, cette société semble fonctionner parfaitement. Ce n’est qu’en découvrant le quotidien de Bernard Marx, Lenina Crowne, puis lorsque John le sauvage est introduit dans cette société utopique qu’apparaissent ses failles.
On apprend que pour certains éléments, le conditionnement n’est pas parfait ou que leur personnalité est trop forte. Ils entrent alors conflits avec les lois régissant cette société particulière. Et alors peuvent survenir des incidents…

Parce que Le Meilleur des mondes a été écrit en 1932, à l’aube de la science-fiction « moderne », parce que Le Meilleur des mondes est une vraie bonne dystopie qui finit mal (comme il se doit), sa lecture est indispensable à la constitution d’une culture science-fictive digne de ce nom. Toutefois, ce roman n’est pas sans défaut. Tout du moins n’a-t-il pas, à mon avis, le souffle de l’incontournable de bibliothèque S-F (au sens le top du top)…

…mais de là à dire que c’est un chef-d’œuvre…

Pourquoi, à mon humble avis, Le Meilleur des mondes ne serait pas un chef-d’œuvre ? Je vais l’expliquer en le comparant à un autre roman, du même style, tout aussi mythique et qui est également un classique, bien qu’écrit un peu plus tard (1948), mais qui est pour moi bien supérieur : 1984 de George Orwell.
Le Meilleur des mondes
est parsemé de références à Shakespeare, de phrases inspirées d’extraits plus ou moins célèbres des pièces de théâtre du célèbre auteur anglais. Probablement y avait-il un intérêt en 1930, quand la S-F était encore à ses balbutiements, de se référer à des auteurs classiques. 75 ans plus tard, cela fait vieillot, très « XIXe/début du XXe ».
Certes, ce n’est pas un mal que de faire honneur à Shakespeare (Dan Simmons, par exemple, encense Keats tout au long d’Hypérion), mais Huxley arrive avec ses gros sabots en posant sa culture : « Tiens ! Voilà du Shakespeare, voilà du Shakespeare, voilà du Shakespeare… »[1],[2].

Un autre manque de subtilité dans ce roman se situe à un niveau sous-jacent, dans la description de la société de l’année 600 de N.F. Le ton sarcastique, cynique, qu’emploie régulièrement l’auteur, le caractère caricatural des personnages et de certains éléments de la société (Ford hissé au rang de dieu, le T de la Ford T comme symbole religieux, les scènes de débauche, les personnages névrosés…), indiquent clairement au lecteur qu’on lui montre un futur à éviter à tout prix. On lui démontre que cette société est mauvaise. Dans 1984, Orwell est bien plus subtil. Il n’apporte pas de jugement de valeur autre que celle de son personnage principal. Le lecteur est dégoûté naturellement de l’emprise de Big Brother sur les citoyens du futur.

Enfin, dernier défaut de ce roman : l’histoire. Elle est assez peu intéressante. Elle ne semble exister que pour nous montrer la société dystopique qui en est le décor. Elle n’a pas d’envergure. Elle n’émeut pas spécialement (sauf la toute fin, quand John échoue à s’exiler). Je vais encore user de ma comparaison avec 1984 : dans ce dernier roman, la tragédie vécue par Winston Smith me paraît être vraiment au cœur du roman, et qu’il est bien pratique qu’elle permette de décrire le fonctionnement social en 1984, mais que ce n’est pas une fin en soi. Conclusion

Si Le Meilleur des mondes a été d’une lecture plutôt plaisante, ce n’est pas un roman qui m’a transcendé. C’est une lecture indispensable, comme l’est celle de tout classique, mais il a été fait bien mieux depuis (ou après) en matière de dystopie.
Donc, à lire, mais ne pas s’attendre au chef-d’œuvre que l’on peut espérer.


[1] À chanter sur l’air du Boudin de la Légion Etrangère si le cœur vous en dit (pour enlever toute ambiguïté, sachez que je ne cherche aucunement à comparer ce bon vieux William à une spécialité charcutière au sang de porc).
[2] Je tempèrerais toutefois mon avis par le fait que la version française que je possède indique en bas de pages chacune des références aux œuvres de Shakespeare, ce qui fait sans nul doute perdre de la subtilité à ces dernières. La traduction en français également, évidemment.
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Publié dans Littératures

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