
2009
Blast 1
Dargaud (novembre 2009)
210 pages
4ème de couverture :
Je pèse lourd. Des tonnes. Alliage écrasant de lard et d'espoirs défaits, je bute sur chaque pierre du chemin. Je tombe et me relève, et tombe encore. Je pèse lourd, ancré au sol, écrasé de
pesanteur. Atlas aberrant, je traîne le monde derrière moi. Je pèse lourd. Pire qu'un cheval de trait. Pire qu'un char d'assaut.
Je pèse lourd et pourtant, parfois, je vole.
L'avis :
Blast est l'histoire d'un tueur (?), Polza Mancini, interrogé par la police. Sa culpabilité ne fait pas de doute, il reconnaît même les faits. Mais les policiers doivent comprendre. Alors
il raconte. Il raconte une vie difficile, en raison de son obésité, en raison de la difficulté de s'accepter. Mancini raconte surtout comment il a fait l'expérience du blast, onde de choc
psychédélique qui a secoué son être après une bonne biture, pendant laquelle il a eu la vision d'une statue de l'île de Pâques. Suite à quoi il est entré dans la marginalité et l'errance, à la
recherche d'un nouveau blast, d'une nouvelle vision, d'une nouvelle exploration de cette autre réalité (?) qu'il a entrevue. Mais les policiers, qui l'écoutent, ont une autre façon d'interpréter
son histoire...
Des points d'interrogation, mon résumé en contient plusieurs.
Grasse carcasse, premier tome de
Blast, pose en effet beaucoup de questions, met en place beaucoup d'éléments qui
n'obtiennent pas de réponse. Il faudra lire le tome suivant pour en apprendre un peu plus. Mais a-t-on envie, après la lecture du premier opus, de poursuivre l'expérience ?
Manu Larcenet livre ici une bande dessinée impressionnante à plus d'un titre.
D'abord par sa taille. Deux cents pages, c'est beaucoup, mais le lecteur le paiera, puisque la BD n'est pas donnée (22€).
Ensuite au point de vue graphique. Le noir et blanc, peint à l'aquarelle ou à la gouache, donne une ambiance sombre parfaitement adaptée au récit. Seule quelques cases voient poindre des touches
de couleurs, lorsque Mancini est touché par le blast. Un blast qui, de plus, fait apparaître des dessins d'enfant qui tranchent avec le dessin adulte, cru, réaliste, du reste de la bande
dessinée.
Enfin, c'est le récit lui-même, sans compromission de Larcenet, qui fait la force de la bande dessinée. L'auteur ne ménage en effet pas son lecteur. La vie de Polza Mancini n'est pas reluisante.
Ce qu'il a fait, dont on ne connaît pas le début d'un détail, l'a amené devant des policiers. On pressent, notamment à cause de la conclusion de ce premier tome, que le personnage a été au bout
de l'horreur, porté par ses visions, par ce blast si étrange.
Voilà donc l'impression que donne
Grasse carcasse : celle d'une bande dessinée de haut niveau, dont l'auteur s'est impliqué au niveau artistique et scénaristique. Mais si le secret de
Polza Mancini est intrigant, si on aimerait le découvrir, on referme le premier tome de
Blast sans avoir de certitude quant à l'achat du prochain tome, lorsqu'il sortira. Du moins est-ce
mon sentiment. C'est beau, c'est bien, mais pas envoûtant. Je suis donc indécis, ce qui ne vous avance pas beaucoup pour que vous, vous fassiez votre choix.
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