UBIK - Philip K. DICK

Publié le par Stéphane

Ubik
1969
10/18, Domaine étranger n°3034 (février 1999)
Traduction de Alain DORÉMIEUX
Couverture de G. DE RÉMUSAT
288 pages


4ème de couverture :

″Tous les thèmes de S.-F. semblent s'être donné rendez-vous, dans Ubik, pour s'y être tournés, déformés, dévoilant ces questions ultimes : la télépathie, le voyage temporel ou la mort.
Le foisonnement de l'imagination, la richesse et la complexité de l'intrigue sont un défi au résumé cohérent du monde où évolue Joe Chip, monde dans lequel on saute de 1992 à 1939, où les morts vivent en état d'animation suspendue, rêvant leurs pseudo-vies dans un univers onirique.
Entre l'univers où le temps se dégrade et le monde instable des morts, Ubik est le piège final des réalités, qui marque une étape définitive dans l'œuvre de Dick. C'est sans doute une de ses productions les plus achevées qui vient couronner un cycle spirituel commencé avec Le Maître du haut château, continué avec Le Dieu venu du Centaure et qui culmine avec le présent roman.″
Stan Barets, Catalogue des âmes et cycles de la S.-F.


L'avis :

Vous êtes vivants et je suis mort...

Jusqu'à maintenant, Ubik était du nombre des best-sellers/classiques de SF dont la lecture m'avait échappé, pour diverses raisons que je ne connais d'ailleurs pas forcément moi-même. Mais maintenant, l'erreur est réparée. J'ai lu, certains diront, THE chef-dœuvre de Philip K. Dick. Je ne vais pas passer par quatre chemins : je ne suis pas d'accord avec ce jugement dithyrambique et je m'en vais vous l'expliquer...

Mais avant de me faire trucider[1], je préciserai que j'ai trouvé ce roman d'un bon, d'un très bon niveau. Mais voilà, c'est du Dick. Et Dick, eh bien, c'est Dick. C'est un grand auteur qui a écrit beaucoup de bonnes choses, un écrivain avec une des imaginations les plus florissantes qu'ait connues la science-fiction, mais la sauce prend ou ne prend pas, ça dépend. C'est ainsi que je définirais ma relation de lecteur avec cet auteur : je ne sais pas si je l'aime. Il a écrit un des meilleurs romans de SF que j'ai lus, intitulé Substance mort, et cela vaut bien toute mon estime, mais il a écrit aussi de mauvaises choses, comme Le Maître du Haut-Château  ou Dr Bloodmoney, et n'y a là pas de quoi me le faire idolâtrer.

Fans de Dick, l'heure de ma mort est-elle repoussée ? Si c'est le cas, je continue...

Pourquoi Ubik ne m'a pas transcendé.

Ubik aborde trois thèmes.

Le premier est l'asservissement de l'homme aux machines qui l'assistent au quotidien. Dans Ubik, les personnages sont entourés d'une profusion d'engins qui les servent efficacement, mais contre rémunération. Tout est payant, même l'ouverture de la porte de son conapt. Joe Chip, principal protagoniste du roman, a quelques petits soucis dans la gestion de son argent. Il doit sans cesse trouver de la monnaie à introduire dans la fente dont tout objet est muni, sous peine de ne rien pouvoir faire, de ne rien pouvoir obtenir.
L'impression que rien n'est gratuit est très forte dans l'univers de ce roman. L'exemple de Joe Chip est flagrant et exacerbé par son incapacité à gérer son argent, mais dans le futur décrit dans Ubik, le capitalisme est roi et pas de sous rime avec rien du tout. Vraiment. Irrémédiablement. Et stupidement. J'ai l'impression que Dick lance-là une critique subtile du système économique américain.
Lorsque les personnages sont transportés dans le passé – Joe Chip notamment –, ils doivent sans cesse affronter les difficultés liées à la disparition d'objets qui sont courants au XXIème siècle. La technologie, si elle nous facilite la vie, nous asservit évidemment.
Malheureusement, je pense que Dick développe assez peu ce thème dans ce roman. C'est une source d'embûches pour le personnage principal, mais pas un élément majeur de réflexion proposé par l'auteur. C'est dommage, ça m'intéresse beaucoup...

Le deuxième est le thème du psionique. Les pouvoirs télépathiques sont une réalité dans Ubik (comme dans nombre d'œuvres de Dick) et les personnes qui possèdent de telles capacités sont divisibles en deux catégories : ceux qui ont un pouvoir et ceux qui ont un contre-pouvoir. Certaines sociétés recrutent les premiers, comme celle de Raymond Hollis, et d'autres les seconds, à l'image de la Runciter Associates. Imaginez-vous, chaque jour qui est, ce que peut représenter pour la population ordinaire  l'existence de tels individus ? C'est évoqué dans le roman un petit peu du point de vue du citoyen lambda, un peu plus du point de vue d'une société qui doit se protéger de l'espionnage industrielle. Chacun est en droit de s'interroger, dans un tel contexte, sur l'espionnage dont il peut faire l'objet, de la part d'un télépathe.
Nouveau « problème » dans Ubik : le thème de la télépathie n'est vraiment exploré qu'au début du roman. Une fois l'équipe de Glen Runciter arrivée sur la Lune, les questions concernant télépathes, précogs ou même le pouvoir de Pat Conley passent au second rang pour voir celles en rapport à la semi-vie passer sur le devant de la scène.
Dick débute son roman en s'appuyant sur un thème d'un grand intérêt mais abandonne finalement son exploitation. Certes, il l'a probablement fait dans d'autres de ses écrits, mais pas dans Ubik. Là encore, ce n'est pour moi avant tout qu'un prétexte pour lui afin d'examiner la question de la semi-vie.

Le troisème thème abordé est donc, on l'aura compris, celui de la semi-vie. Et à travers lui, celui du voyage dans le temps. La semi-vie est un état d'animation entre la vie et la mort dans lequel sont placés les défunts qu'on a congelés dans un laps de temps assez cours après leur mort. Les cercueils de ces heureux individus maintenus au seuil du trépas sont emmaganisés dans des moratoriums, comme celui des frères bien-aimés. Leurs proches peuvent ainsi communiquer avec eux – de moins en moins facilement, cela dit, car le cadavre est victime d'une lente déliquescence irrémédiable.
D'abord présenté comme des détails au début du roman, les moratoriums, la congélation et les aspects de la semi-vie se révèlent ensuite comme des éléments centraux du roman. Certes, Dick n'a pas son pareil pour décrire des pans de la réalité qui nous échappent, en partant parfois d'hypothèses particulières, voire farfelues. Ubik est un roman passionnant, mais pas forcément grâce à l'abord de ce thème, plutôt de part le suspense qu'il génère, le mystère dans lequel il plonge Joe Chip et que ce dernier essaie de percer, par la montée de la tension au fil des pages.

Ubik est un livre bourré de bonnes choses, d'idées incroyables, comme souvent chez Dick. Mais il m'aurait passionné s'il s'était concentré sur les éléments psioniques et l'étude de cet asservissement de l'homme par la machine, seulement effleuré. Ce roman est très bon, il faut le lire, mais j'ai l'impression que Philip K. Dick a fait mieux.


[1] Ayant déjà un lourd passif de par l'incompatibilité de mes goûts en matière de SF et l'œuvre d'Alfred Elton Van Vogt, il ne faut peut-être pas que j'en rajoute trop...
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Publié dans Littératures

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L
<br /> <br /> Je viens tout juste de découvrir Dick à travers ce livre. Je l'ai trouvé assez différent des livres de science-fiction que je lis habituellement : on parle beaucoup plus de sentiments et les<br /> "héros" du livre sont assez banals bien qu'ils croient en leur convictions et font tout pour les défendre !<br /> <br /> <br /> J'aime beaucoup l'écriture de Dick : simple mais efficace. Très prenant et dynamique avec cette petite saveur de rétro (bon, c'est plus du à l'époque d'écriture) qui me fait craquer ! Sans<br /> compter la petite pointe d'humour...<br /> <br /> <br /> C'est un livre que je n'hésiterais pas à conseiller ! Je ne regrette absolument pas de l'avoir découvert !<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Si ça t'intéresse je viens de publier mon avis sur mon blog...<br /> <br /> <br /> Joli article, je reviendrais ;)<br /> <br /> <br /> Bonne continuation !!<br /> <br /> <br /> <br />
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J
Bonjour, je viens en paix aussi, bien que je ne sois pas du tout d'accord avec toi ! En fait, non, tu as raison dans ce que tu avances, mais c'est parce que tu es passé à côté, je pense, de l'essentiel : ce qui intéresse Dick, dans la plupart de ses romans, c'est la représentation que nous nous faisons du monde. Ici, c'est la philosophie de Platon qui resurgit, le héros se trouve confronté à une régression du monde à des images de celui-ci "à des étapes antérieures". C'est le questionnement sur la nature de la réalité et du divin qui intéresse Dick, il a laissé tomber ce que tu voulais voir développé (et je te comprends). La première fois que je l'ai lu, j'avoue ne pas avoir vraiment compris, mais surtout ressenti un profond vertige, qui m'a poussé à le relire, à y réfléchir. De ce point de vue, ce roman est bien plus fort qui s'il avait développé les points que tu as soulevé.En conclusion, je suis ravi de lire ta critique, et je t'invite à rejoindre la communauté Simulacres de Philip K. Dick, même si tu n'es pas fan (justement, c'est encore plus intéressant!) pour la publier dans cette communauté. A bientôt !
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S
<br /> En fait, je n'ai pas trouvé dans Ubik plus de matière au sujet des thèmes abordés qu'il ne l'a fait dans d'autres de ses romans comme Au bout du labyrinthe ou Substance mort<br /> (notamment pour ce qui est de la perception de la réalité).<br /> Pour l'aspect divin, je pense ne pas avoir abordé la partie de l'oeuvre de Dick qui y consacré.<br /> <br /> Et surtout, Ubik a pas mal vieilli.<br /> <br /> <br />
E
Je viens en paix et les mains vides ;o))Ubik est toujours dans ma LAL, je reviendrais donc vers toi dans quelques mois lorsque j'aurai pris le temps de le lire. Mais ce ne sera pas dans l'intention d'en découdre, mais juste d'échanger nos points de vue.
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S
<br /> Pas de souci ;)<br /> <br /> <br />