CAMP DE CONCENTRATION - Thomas DISCH
Camp Concentration1970
J'ai Lu, Science-Fiction n°1492 (juin 1983)
Traduction de Marcel BATTIN
Couverture de Barclay SHAW
224 pages
4ème de couverture :
Thomas M. Disch est né en 1940 dans l'Iowa. Après des études d'histoire à l'université de New York, il s'est consacré à la littérature de science-fiction.
Dans une Amérique chaque jour plus totalitaire à mesure qu'elle s'enlise dans une guerre sans fin en Asie, où peut se trouver un poète objecteur de conscience, sinon en prison ? Et c'est le cas de Louie Sacchetti, condamné à cinq ans.
Mais il y a prison et prison... et un jour, sans motif ni explication, il est transféré de Springfield (Illinois) à camp Archimède...
Louie va découvrir une forteresse souterraine où l'on procède sur des cobayes humains à des expériences ultra-secrètes visant àd écupler l'intelligence. Et cela grâce à la pallidine, une drogue qui confère à celui qui la reçoit un génie indubitable mais ambigu...
Fécond ou destructeur ? Vivifant ou mortel ?
L'avis :
Thomas Disch nous a quitté le 5 juillet 2008. Ce fut, pour nombre de fans de SF, un drame. Pour la jeune génération dont je fais partie, un peu moins. Notamment parce que Disch n'avait eu aucune actualité en France depuis les années quatre-vingt dix. Or, il a écrit, dit-on, de très bons romans. Il me fallait le vérifier. J'acquis Camp de concentration, le laissa traîner quelques temps dans ma PAL, puis le lu, un an après le décès de Disch...
Camp de concentration nous transporte à une époque qui est probablement les années soixante-dix (le livre a été écrit en 1970). Les États-Unis sont embourbés dans une guerre en Asie (le Vietnam ?). Louie Sacchetti, poète et objecteur de conscience, a refusé de s'enrôler. Il est donc en prison pour cinq années, à Springfield, centre de détention aussi confortable que peut l'être un pénitencier. Mais voilà qu'un jour, avec un manque de respect total de ses droits, on le fait transférer à Camp Archimède, prison ultra-secrète où il devient le cobaye de recherches sur l'accroissement des capacités intellectuelles grâce à une drogue.
Camp de concentration se présente à priori comme un roman dystopique, avec une atmosphère morbide et le lecteur l'entame en se demandant s'il ne va pas subir quelque choc psychologique en le lisant. Rien que son titre, évocateur des camps nazis de la Seconde Guerre Mondiale, est terrifiant. Il n'en est rien : on parcourt le journal du personnage principal, où il raconte chaque jour son enfermement. Il est loin de subir, dans un premier temps – et à peine plus alors que l'histoire avance –, de terribles sévices[1]. Il a perdu sa liberté, mais le vit plutôt bien. S'il se rebelle, cela ne dure pas très longtemps ou n'est pas exprimé avec énormément de force. Ce n'est donc pas sur le plan psychologique, ni par son ambiance obscure, que Camp de concentration frappe le lecteur. Ce dernier est bien plus impressionné par l'intelligence du récit, qui prouve la grande culture de l'auteur, par l'évolution du personnage, par les individus qu'il croise à Camp Archimède.
Tout au long du roman, le lecteur est immergé dans un univers étrange occupé par des « fous » supérieurement intelligents. Les prisonniers de Camp Archimède ont un plan pour échapper à leur condition, mais on ne le sait qu'à la toute fin du récit. Fin de récit qui, d'ailleurs, est bien trop positive. C'est le gros défaut, à mon avis, de Camp de concentration : il s'achève trop bien pour Louie Sacchetti. Où est la fin tragique à laquelle on s'attend ? Nulle part, et c'est bien dommage...
Camp de concentration est un roman qui démontre le talent de Thomas Disch, mais qui est loin du chef-d'œuvre. J'espère être bien plus satisfait lorsque je m'attaquerai à Génocides ou Poussière de lune...
[1] Attention, je ne minimise pas la dureté d'un séjour en prison. Mais le personnage n'évoque pas de tortures physiques et psychologiques pendant qu'il est à Springfield. Une fois à Camp Archimède, il joue dans un premier temps le rôle de simple observateur des autres prisonniers.
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