DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE - Bertrand TAVERNIER
Avec Tommy LEE JONES, John GOODMAN, Peter SARSGAARD...In the Electric Mist
2009
1h57
Synopsis :
New Iberia, Louisiane. Le détective Dave Robicheaux est sur les traces d'un tueur en série qui s'attaque à de très jeunes femmes. De retour chez lui après une investigation sur la scène d'un nouveau crime infâme, Dave fait la rencontre d'Elrod Sykes. La grande star hollywoodienne est venue en Louisiane tourner un film, produit avec le soutien de la fine fleur du crime local, Baby Feet Balboni. Elrod raconte à Dave qu'il a vu, gisant dans un marais, le corps décomposé d'un homme noir enchaîné. Cette découverte fait rapidement resurgir des souvenirs du passé de Dave. Mais à mesure que Dave se rapproche du meurtrier, le meurtrier se rapproche de la famille de Dave...
L'avis :
Dans la brume électrique est l'adaptation au cinéma d'un best-seller de James Lee Burke, intitulé Dans la brume électrique avec les morts confédérés (In the Electic Mist With Confederate Dead), datant de 1993. C'est donc sous un titre simplifié que Bertrand Tavernier signe l'adaptation cinématographique de l'enquête de Dave Robicheaux sur le meurtre d'une jeune prostituée à New Iberia, Louisiane.
Les investigations de ce policier sont malaisées. Une équipe de tournage hollywoodienne s'est installée en ville, apportant une montagne de dollars à une ville des bayous, donc pauvre.
Sans compter que Robicheaux en vient à voir des soldats confédérés de la Guerre de Sécession se promener dans les brumes des marais...
Une réalisation sans piment.
Dans la brume électrique n'est donc pas seulement un film policier, mais j'y reviendrai. Le thème principal du film est tout de même l'enquête de Robicheaux. C'est une enquête longue, semée d'embûches, qui se déroule dans une Louisiane à l'aspect tranquille mais qui cache des mœurs violentes, des relents de racisme.
Bertrand Tavernier réussit pleinement à rendre cette ambiance lourde, lente[1]. On s'endort presque, en effet, en regardant Dans la brume électrique. Le film est long, très long... En fait, Tavernier tombe presque dans tous les pièges de l'adaptation d'un roman, probablement complexe (je ne l'ai pas lu), à l'écran. Il cherche à intégrer tous les éléments majeurs du livre, ajoutant par-ci, par-là, des scènes qui n'apportent rien à la version filmée. Pour simplifier la compréhension des profondeurs du personnage principal par le spectateur, il a choisi de nous traduire en voix-off les réflexions de ce dernier – comme dans le roman, où Robicheaux est probablement le narrateur – mais le choix de la facilité est surtout révélateur d'une réalisation qui n'est pas à la hauteur des ambitions du réalisateur[2].
La mise en scène est des plus classiques, mis à part quelques mouvements de caméras (plan avec caméra à l'épaule, grand travelling circulaire...), sûrement choisis pour faire plus américain mais qui sont imparfaits et incongrus, comme si Tavernier avait voulu essayer des trucs plutôt qu'avait fait un vrai choix de mise en scène et de cadrages qui caractériserait et démarquerait le film. Tavernier frise tout simplement le ridicule en voulant faire un film aux États-Unis, à la manière des Américains, et en échouant, ne réussissant pas à arriver à la cheville des spécialistes du genre policier d'Outre-Atlantique.
De plus, le réalisateur français ne peut s'empêcher, en bon Européen soucieux de prouver sa préoccupation pour les malheurs des autres, son humanisme outrancier, de montrer les ravages causés par l'ouragan Katrina. C'est déplacé, sans aucun rapport avec l'histoire, mais c'était évidemment indispensable. Pffff...
Dave Robicheaux est campé par un Tommy Lee Jones efficace et convaincant, qui rachète un film qui est caractérisé par une réalisation très ordinaire. D'ailleurs, l'affiche est centré sur l'acteur qui ne vaudrait (presque) rien sans cette star.
Une histoire intéressante au travers de ce qui n'est pas adapté (ou mal).
Je peux maintenant en venir au scénario, et plus particulièrement à ce qu'il y a autour de l'enquête policière.
Un des éléments les plus importants de l'histoire (au point que cela apparaisse dans le titre du roman) est la présence de morts confédérés. En effet, au cours de son enquête, Dave Robicheaux a des visions de soldats sudistes de la Guerre de Sécession. Il discute même à plusieurs reprises avec le Général John Bell Hood[3].
On s'interroge tout au long du film sur la réalité de ces visions et des discussions entre le policier et le militaire décédé il y a plus d'un siècle. Tout laisse à penser que nous sommes-là dans le cadre d'hallucinations dues à l'alcool, les drogues, la fatigue ou des chocs à la tête. Mais la dernière image du film, ainsi que le fait qu'Elrod Sykes dise avoir aperçu le général, semble indiquer que Dans la brume électrique dispose d'un véritable aspect fantastique.
Mais cela est assez anecdotique (savoir si on est bien en présence de fantastique ou non, pas les discussions entre Hood et Robicheaux) car c'est le sens profond de cet aspect du film qui compte. L'enquête policière n'est pas très passionnante mais la relation entre le détective et le fantôme de l'officier supérieur sudiste est véritablement intéressante. Enfin, elle pourrait l'être (peut-être l'est-elle dans le roman de Burke), mais elle n'est pas approfondie, pas assez explorée, ses tenants et aboutissants pas suffisamment éclaircis pour satisfaire pleinement le spectateur. Car c'est la relation de Robicheaux avec son propre passé, le passé du Sud des États-Unis, le Sud des États-Unis tout simplement qui sont effleurés.
De ce point de vue, Dans la brume électrique donne donc envie de lire Dans la brume électrique avec les morts confédérés. Car d'un point de vue plus général, ce n'est pas le cas, tant l'adaptation est médiocre[4]. Et c'est bien là le comble d'une transposition sur grand écran d'une œuvre littéraire que de ne pas lui rendre honneur ou de ne pas réussir à pousser le spectateur à en devenir un lecteur potentiel[5].
Dans la brume électrique est donc un film passable, long, ennuyeux, qui ne vaut pas vraiment le détour. À réserver aux fans de Bertrand Tavernier (s'il y en a) et à ceux de Tommy Lee Jones (il y en a sûrement).
[1] Mais qui n'a pas grand-chose à voir avec la bonhommie du Good times roll louisianais. Par conte, il nous montre les sympathiques festins d'écrevisses et nous fait écouter de l'entraînant zydeco, ainsi que quelques extraits de chansons cajuns. Et ça, c'est une Louisiane qui existe vraiment.
[2] Un autre bon exemple d'adaptation cinématographique ratée et qui se heurte au même problème est le Dune de David Lynch.
[3] Vrai général sudiste qui mourut à la Nouvelle-Orléans en 1879 et où il est enterré, comme on le voit dans le film. À noter que l'homme n'apparaît pas comme un parfait salaud d'esclavagiste, contrairement comme perçoivent les Européens automatiquement les ennemis des Yankees. À raison, on pourrait en parler des heures, car les choses sont plus complexes que cela. Cela dit, la Nouvelle-Orléans, avec son Avenue du Général Lee, est probablement la seule ville au monde à avoir donné à un nom de rue celui d'un militaire ayant perdu la plus importante des guerres de l'histoire de son pays.
[4] Encore une fois, je n'ai pas lu le livre Peut-être l'adaptation est-elle fidèle dans sa médiocrité. Toujours est-il que le film est médiocre...
[5] Un exemple d'adaptation réussie, qui fait aussitôt se jeter le spectateur sur l'œuvre originale, est Watchmen de Zack Snyder.
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