BATAILLES - RECCHIONI & LEOMACS
Scénario : Roberto RECCHIONIDessins & couleurs : LEOMACS
Battaglia, la guerre di pietro
2007
Emmanuel Proust (février 2009)
Traduction de Sophie PROUST
4ème de couverture :
Sur le front italien, en 1917, au plus fort de la guerre des tranchées, le sous-lieutenant Pietro Battaglia subit la furie d'un assaut à la baïonnette. Alors qu'il pense s'en sortir miraculeusement, il prend une balle dans la tête.
Gênes 2001... Le même Battaglia, bien vivant, continue à errer dans un monde toujours en proie à la violence.
Battaglia est un vampire !
Sa soif de carnage ne trouvera-t-elle aucune limite ?...
Roberto Recchioni, scénariste de la série à succès Dylan dog, est une véritable star en Italie.
Léomacs dessine dans la pure tradition réaliste de l'école italienne. Ses cadrages cinématographiques apportent punch et modernité à la narration de ce roman graphique qui revisite l'histoire de la première guerre mondiale.
L'avis :
Batailles est une bande dessinée éditée par les éditions Emmanuel Proust, qui ont également sorti en même temps le (presque) pitoyable Cruel Thing. Coup sur coup, c'est donc avec de la BD argentine et de la BD italienne que cette maison d'édition complète son catalogue. Et même plus exactement dans deux comics.
En effet, Batailles est constitué de deux aventures de Pietro Battaglia[1], personnage vampire et tueur à gages imaginé par Roberto Recchioni il y a déjà quelques années. La première aventure, intitulée La Débâcle, décrit les origines du personnage, la façon dont il est devenu un suceur de sang. Le récit prend place sur le front italien de la Première Guerre Mondiale. La seconde histoire, Votez Antonio, se déroule à Zarafa, en 1949, dans un village où les élections locales opposent un candidat conservateur et un autre communiste.
Les deux histoires, bien que différentes, s'appuient sur les mêmes éléments, à commencer par le personnage de Pietro Battaglia, mais aussi par un graphisme percutant signé Leomacs.
Battaglia est un de ces personnages de fiction auquel le lecteur ne peut pas s'attacher. Non pas parce que c'est un vampire qui fait potentiellement des choses assez mauvaises mais en raison de la véritable corruption qui l'habite. C'est vraiment une créature maléfique. Battaglia tue, et ce n'est que pour tuer. Il n'a pas l'excuse de l'argent – il n'a pas besoin de posséder quoi que ce soit étant donnée sa nature. Il n'agit visiblement pas non plus à fins philosophiques – il ne fait pas le mal pour que le bien triomphe finalement. C'est un monstre, une horreur qui viole, tue et corrompt tout ce qu'il approche. C'est donc rapidement avec un certain détachement que l'on lit ses aventures, qui ne contiennent pas moins un fond de vérités sur la nature humaine, ses penchants pour le vice, la haine, la violence. Comme si Battaglia était le reflet des pulsions profondes des personnages secondaires de ses aventures.
C'est sous le coup de crayon de Leomacs que le vampire prend vie. Le dessin est réaliste, net, sans bavure. Le mouvement caractérise des planches aux plans cinématographiques. Le noir et blanc participe de l'ambiance morbide des aventures de Battaglia mais permettent aussi au dessinateur de donner sa pleine mesure à son style incisif.
Batailles est une bande dessinée qui a le mérite de permettre au lectorat français de BD de découvrir du comic italien. C'est une excellente initiative car on a là deux histoires fascinantes – bien que morbides – d'un personnage étonnant – voire dégoûtant. Mais on reprochera cependant aux éditions Emmanuel Proust de nous avoir donné l'eau à la bouche. En effet, sauf preuve du contraire, je crois bien qu'il faudrait apprendre l'italien pour découvrir plus avant le personnage de Recchioni et les œuvres de Leomacs.
[1] D'où le titre de la publication des éditions Emmanuel Proust, battaglia signifiant bataille en italien. Évidemment, le choix de la traduction littérale du nom du personnage principal comme titre de cet ouvrage est plutôt mauvais.
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