LES OLYMPIADES TRUQUÉES - Joëlle WINTREBERT
1980J'ai Lu, Science-Fiction n°5535 (novembre 2000)
Couverture de CAZA
320 pages
4ème de couverture :
Sphyrène est une nageuse d'exception, supérieurement douée. L'espoir des prochains Jeux Olympiques. On contrôle son mental. On lui fait prendre des drogues. Mais quand la dose est trop forte, la violence se déchaîne.
Quand à Maël, elle essaie juste de comprendre ce qu'elle est. Le clone de sa mère morte.
Et dans un monde où le clonage humain sert à renouveler le corps des nantis, où d'téranges mutations bouleversent la notion de sexualité, les itinéraires des deux jeunes filles vont se croiser. Car elles tiennent à la liberté de leur corps et à leur vie de femme.
Et elles iront jusqu'au bout.
Après des études de cinéma et de lettres, Joëlle Wintrebert s'est imposée, dès la fin des années 1970, dans la littérature pour la jeunesse, le roman historique et la science-fiction. Elle a reçu le Grand Prix de la science-fiction française pour son roman Le créateur chimérique.
L'avis :
Les Olympiades truquées entraînent le lecteur dans un futur assez proche. La société a évolué de façon significative grâce aux possibilités offertes par la manipulation génétique.
La proportion de femmes par rapport aux hommes a considérablement baissé en raison de la possibilité donnée aux parents de choisir le sexe de leur enfant. Par leur rareté relative, les femmes ont plus de pouvoir que dans le passé. Elles ne sont toutefois pas à l’abri du sexisme ou de pratiques douteuses que produit la frustration des hommes qui ne peuvent pas tous trouver de femme.
Le clonage est devenu légal, bien qu’étroitement surveillé. C’est dans le sport que sont utilisation est le plus évoquée. On produit des Gen +, clones fabriqués à partir des gènes de champions.
Joëlle Wintrebert nous fait découvrir ce futur au travers des histoires de deux jeunes femmes.
La première, Sphyrène, est une championne de natation. Les Jeux Olympiques de Téhéran approchent et elle est en pleine préparation physique et mentale. Elle découvre petit à petit que les responsables de l’équipe olympique ne reculent devant rien pour gagner des médailles : clones (les fameux Gen +), dopage… Tout est bon. Sphyrène est tiraillée entre envie de participer aux JO et de devenir championne et peur de ce que ses entraîneurs font subir à son corps.
La seconde, Maël, est le clone d’une cantatrice. Mais elle veut être elle-même, pas la femme morte dont elle a les gènes. Elle finit par fuir et rejoint un groupe révolutionnaire.
À la veille des Jeux Olympiques qui vont se dérouler à Pékin, je retirai de ma pile de livres Les Olympiades truquées, en me disant que la lecture de ce roman était tout à fait à-propos[1].
La couverture signée Caza représentant une athlète reliée à quelque machine est fort sympathique.
Le quatrième de couverture met surtout en avant le fait que Les Olympiades truquées relate les histoires de deux jeunes victimes des abus de l’utilisation des clones et des manipulations génétiques. J’entamai la lecture non sans quelque appréhension. Les histoires d’adolescentes confrontées aux difficultés de la vie ne m’ont jamais enthousiasmées.
Les Olympiades truquées est un roman bien écrit, qui aborde des sujets intéressants : le clonage, les manipulations génétiques, le dopage dans le monde du sport, la condition féminine en général...
Ecrit il y a presque 30 ans, ce roman reste d’actualité car le clonage n’est pas encore généralisé, les manipulations génétiques font débat au travers des OGM, des affaires de tricheries dans le sport éclatent régulièrement, l’égalité homme/femme est loin d’être atteinte, et caetera. Toutefois, si lors de sa première parution, Les Olympiades truquées a pu se révéler original, avoir un certain impact sur le lecteur, le lire ne fait aujourd’hui ni chaud, ni froid. On entend tous les jours parlés de ces sujets. Des dizaines, peut-être des centaines de romans ont été écrits sur ces sujets. Rien de transcendant donc dans ce roman, si ce n’est qu’il rappelle au lecteur les dangers de la généralisation des manipulations génétiques.
Joëlle Wintrebert montre surtout que l’emploi de techniques scientifiques part toujours de bonnes intentions. S’il y a des lois pour éviter les dérives, il y a aussi des gens peu scrupuleux pour passer outre et des hommes politiques corrompus ou trop lâches qui les laissent faire.
Concernant l’aspect destin bouleversé des filles, j’ai eu une bonne surprise. L’auteur n’ennuie pas le lecteur avec les considérations purement adolescentes de ses personnages. Elles sont confrontées à de vrais problèmes, et leurs explosions hormonales n’en sont pas la cause. On est soulagé de ne pas en entendre parler. Quand on est dopée de force ou qu’on doit fuir sa « famille » pour être soi-même, on oublie vite ses petits problèmes de puberté. Ouf !
Au final, Les Olympiades truquées m’a laissé une impression plutôt positive. Il se laisse lire tranquillement et rapidement.
[1]Il est d’ailleurs évoqué dans le roman des JO à Pékin pendant lesquels des fusillades auraient eu lieu. L’avenir dira si Joëlle Wintrebert est douée d’un don d’extra-lucidité…
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